Nous y sommes, c'est le "
D-Day" (traditionnellement le premier mardi de novembre), en ce moment même près de 130 millions d'américains sont appelés à élire leur nouveau président. Et si les élections américaines sont toujours très suivies de par le monde à cause de l'importance mondiale de ce pays, l'attente atteint cette année
un niveau jamais égalé.
Tout d'abord à cause des candidats en lice : les primaires démocrates du début d'année opposaient une
femme à un
afro-américain, donc dès le départ, le duel final s'avérait historique. Ce soir, le nouveau président américain pourrait être pour la première fois de l'histoire un
homme de couleur, chose que même Martin Luther King n'avait peut-être pas osé imaginer à l'époque de son "
I have a dream".
Ensuite à cause du président sortant : les "années Bush" ont eu une résonnance particulière sur le monde entier. Et même à l'intérieur de son propre pays,
George W. Bush termine son deuxième mandat avec le taux d'impopularité le plus fort jamais enregistré : entre 80 et 90% des américains selon les sondages sont aujourd'hui mécontents de leur président.

Et pourtant...
Rappelez-vous : il y a 7 ans,
le monde entier était derrière Bush. Il y a eu en France le fameux "
Nous sommes tous américains" (éditorial d'abord, puis un livre édité en librairie), puis une coalition internationale pour libérer l'Afghanistan de l'emprise des Talibans. Cette coalition est d'ailleurs toujours d'actualité, la France y a une part importante (avec les pertes humaines que l'on sait).
Le "discours sur l'état de l'Union" de janvier 2002 avait été applaudi d'une seule voie par
l'ensemble des politiques de tous les bords (et par moi-même en direct).
Aux Etats-Unis, le soutien atteignait son paroxisme en 2002-2003 : critiquer le président était devenu
anti-patriotique, la presse elle-même dans son ensemble ne faisait plus l'effort de faire son travail d'investigation, aveuglée par le sentiment ambiant.

Alors pourquoi ce revirement (de la population, mais également de la presse américaine qui s'est très largement prononcée en faveur du candidat démocrate pour cette élection) ?
La raison majeure, c'est la
guerre en Irak..

Il y a eu d'abord un premier "clash" avec l'allié de toujours,
la France : le discours historique de
Dominique de Villepin au conseil de sécurité de l'O.N.U. a été le premier signe révélateur d'une fissure dans le bel élan mondial autour des Etats-Unis et de son président.
Mais à l'époque, le peuple américain croyait encore fermement en son leader et à sa politique interventionniste (d'où les manifestations "anti-françaises" de l'époque) et malgré les premières pertes importantes en soldats et le début d'enlisement en Irak, c'est à une large majorité qu'ils ont
réélu George Bush en 2004 (il faut dire aussi que John Kerry n'avait pas le charisme d'un Barack Obama).
Ensuite les évènements négatifs se sont enchaînés, et ont complètement inversé la tendance :
- l'inexistence prouvée des "
armes de destruction massive" (et donc la preuve que la guerre avait été lancée pour de mauvaises raisons).
- la révélation des
tortures sur les prisonniers de Guantanamo.
- la gestion catastrophique de
l'ouragan Katrina à la Nouvelle-Orleans.
- le début des premières
expulsions de citoyens à cause de la crise des "
subprimes".
- et bien sûr le nombre toujours plus élevé des
soldats tués ou blessés, sans parler du
coût astronomique des efforts de guerre..
Tout cela a "réveillé" les américains, et même si tous ne voterons pas démocrate, tous veulent en tout cas
tourner la page des années Bush. Et regagner par la même occasion la confiance (pour l'admiration, il faudra sans doute plus de temps

) des autres pays du monde. Car sur le plan mondial, le temps où la France était le "monton noir" est bien dépassé : si les français se prononcent toujours majoritairement en faveur d'un candidat démocrate lors des élections majeures, c'est le
monde entier qui attend ce soir la victoire de
Barack Obama. Sur un site internet qui a recueilli plus de 700 000 votes issus de plus de 200 pays, le candidat démocrate obtient plus de 86% des suffrages...

La participation devrait atteindre aujourd'hui un niveau record (pour les USA), non seulement grâce à la mobilisation des minorités noires ou hispaniques, mais également parce que de plus en plus d'américains sont touchés par la crise économique et financière (dont Bush n'est pas responsable, il ne faut quand même pas tout lui mettre sur le dos..

) et se sentent concernés par cette élection.
L'avance notable de Barack Obama dans les sondages est d'ailleurs principalement dûe (à part son charisme naturel) à ses propositions dans le domaine du
social (accès aux soins, éducation).
Nous verrons dans quelques heures si une
nouvelle ère s'ouvre bien pour les Etats-Unis, et dans quelques mois si les espoirs que le Monde fonde en Barack Obama ne seront pas déçus...
PS : je donnerai les principaux résultats à la suite de cet article, dans le courant de la nuit.