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: Pittsburgh Steelers - Arizona Cardinals
Par Mpok,
Ce Super Bowl XLIII est moins attendu que celui de l'année dernière (voir Super Bowl XLII 2008). D'une part, il n'y a pas ce fameux attrait pour la saison parfaite des Patriots (qu'ils n'ont finalement pas réussie, puisque ce sont les Giants qui l'ont emporté dans ce final extraordinaire). D'autre part, la présence surprise des Cardinals d'Arizona à la grande finale intrigue plus qu'elle ne suscite l'intérêt. Certains n'hésitent pas à prévoir une très large victoire des Pittsburgh Steelers de 12 ou 14 points (même si chez les bookmakers, méfiants, la côte n'est que de 6 ou 7 points). Néanmoins, la présence d'un grand quaterback comme Kurt Warner et une équipe très offensive comme Arizona en face d'une défense solide comme Pittsburgh, peut laisser augurer un bon match si les deux équipes jouent à leur niveau.

Ken Whisenhunt, l'entraîneur des Cardinals d'Arizona, ne s'est d'ailleurs pas trompé, en lançant cette semaine à ses joueurs « N'oubliez pas que vous êtes là pour jouer un match ! ». Le parcours de ses joueurs est superbe. Mais il l'est tellement, qu'il suffirait de peu pour qu'ils passent à côté du rendez-vous. Et évidemment, après avoir été largement moquée, puis encensée à cause de leurs victoires surprises dans les playoffs, une lourde défaite leur recollerait immédiatement (et injustement) le statut de "loosers".
Du côté des Steelers, Mike Tomlin (qui sera le plus jeune entraîneur à coacher au Super Bowl) claironne depuis le début de la saison qu'il a l'équipe pour remporter le titre. L'affaire est encore loin d'être entendue, mais déjà, leur bon parcours en playoffs leur a ouvert une 7ème participation dans leur histoire à la grande finale.
Pour une présentation plus complète des forces en présence, je vous renvoie à la fin de mon article sur les playoffs 2009.
En tout cas, même si les villes de Pittsburgh et Phoenix sont incontestablement moins peuplées que les métropoles de Boston et New-York, et que par conséquent le record d'affluence télévisée de l'année dernière ne sera probablement pas battu (update : si le record n'a effectivement pas été battu, la part d'audience s'est tout de même établie à 65 % !), le moins que l'on puisse dire c'est que la crise n'a pas affecté les recettes publicitaires de l'événement sportif de l'année. Dès la semaine dernière, 90 % des spots publicitaires étaient déjà vendus au prix record de 3 millions de dollars pour 30 secondes. Ce tarif représente une augmentation de 11 % par rapport à 2008. Le plus gros annonceur sera le géant américain de la bière avec un total de 4 minutes (je vous laisse faire le calcul
).

Devant 70 774 spectateurs dans le Raymond James Stadium (photo de droite), le toss est remporté par les Cardinals (pour la petite histoire, c'est la 12ème fois consécutive que le toss est gagné par l'équipe de la conférence nationale, bizarre...). Mais plutôt que de partir en attaque, ils préfèrent laisser les Steelers avoir le premier drive. Et Pittsburgh avance bien : grâce en particulier à deux passes de 38 et 21 yards, ils se retrouvent bientôt en excellente position, à seulement 1 petit yard de la ligne de but adverse. Troisième tentative et 1, sans surprise Ben Roethlisberger plonge sur la ligne pour le touchdown (photo ci-dessous).

Mais le coach d'Arizona décide alors d'utiliser l'un de ses "challenges". Et il a raison, car la révision vidéo montre que le quaterback n'a pas passé la ligne (et annule donc le touchdown) ! On se retrouve donc avec une quatrième tentative, et Mike Tomlin préfère jouer la sécurité et le field-goal plutôt que de tenter une nouvelle fois un touchdown. Un choix discutable dans cette position...
Toujours est-il que Pittsburgh doit donc se contenter de 3 points sur leur "opening-drive".
3 - 0 Pittsburgh
La première série offensive des Cardinals contraste totalement avec celle de Pittsburgh : un gain total de seulement 3 yards, un fumble de Kurt Warner heureusement récupéré par ses coéquipiers, et une première pénalité pour "holding" (ces pénalités vont devenir le leitmotiv du match...). Bref, horrible..
Pittsburgh récupère la balle et construit un nouveau beau drive, qui débute en particulier par une belle passe de Roethlisberger vers Santonio Holmes pour un gain de 25 yards. Le premier quart-temps se termine alors que les Steelers ne sont plus qu'à 5 yards de l'embut adverse...

Dès la deuxième action de ce deuxième quart-temps, continuant leur deuxième série offensive entamée dans le premier quart-temps, les Steelers se retrouvent EXACTEMENT dans la même situation que lors de leur premier drive : troisième tentative à 1 yard du but... Mais cette fois-ci, ils réussissent à convertir leur avantage par un touchdown, une course de Gary Russell (photo de droite).
10 - 0 Pittsburgh
Arizona se doit désormais de réagir : leur seule série offensive a été un désastre, tandis que les deux séries de Pittsburgh ont amené des points. Les Cardinals sont donc nettement dominés dans les statistiques. Débutant assez loin (sur leurs propres 17 yards), ils remontent progressivement le terrain, principalement par des passes courtes, et malgré une nouvelle pénalité pour holding, ils parviennent grâce à la première passe profonde de Kurt Warner (vers Anquan Boldin, pour un gain de 45 yards !) à se positionner sur la ligne des 1 yard adverse (décidément très prisée en ce début de match
).
C'est Ben Patrick qui se charge de réceptionner le premier touchdown des Cardinals (photos de gauche et droite ci-dessous). Le match est relancé...
10 - 7 Pittsburgh
Pittsburgh récupère le ballon, mais c'est à leur tour d'être pénalisés (à deux reprises, dont une fois pour holding), et inefficaces en attaque. La possession suivante d'Arizona est toute aussi improductive (et pénalisée).
Difficile de dire si ce sont les défenses qui sont plus efficaces, ou bien si les attaques bloquent un peu, mais il est clair que les pénalités sont pour beaucoup dans ces phases sans score, et même sans grosse progression.
Il reste 2'46" à jouer dans cette première mi-temps lorsque les Steelers repartent en attaque sur leur propre ligne des 16 yards...


Après une petite course de 6 yards, Roethlisberger tente une passe vers Holmes, mais INTERCEPTION ! Karlos Dansby permet aux Cardinals de récupérer le ballon sur les 34 yards adverses, alors que résonne le "two minutes warning" (temps mort automatique à deux minutes de la fin de chaque mi-temps). C'est le premier turnover de ce match...
Arizona a pleinement le temps de construire un dernier drive avant la mi-temps pour passer devant au score (ou au moins égaliser avec un field-goal).
Grâce à quatre passes de Kurt Warner (dont 3 complétées), ils progressent effectivement vers la ligne adverse, tout en utilisant intelligemment leurs temps-morts (il faudra d'ailleurs m'expliquer pourquoi les Steelers les "aident" en prenant eux-mêmes un temps-mort à 59", mais bon..). Ils sont désormais à 1 yard (tiens, tiens...
Je crois n'avoir jamais vu autant d'actions, qui plus est sur une seule mi-temps, se déroulant sur les 1 yard...), et prennent leur dernier temps-mort à 18 secondes de la fin de la mi-temps.
S'il s'agissait d'une quatrième tentative (ou même d'une troisième), la décision de taper un field-goal pour égaliser aurait été raisonnable (comme l'a fait le coach des Steelers lors du premier drive de ce match). Mais c'est une première tentative... Avec 18" à jouer et en choisissant une tactique de passe, il est logique de tenter le touchdown, qui permettrait aux Cardinals de mener 10-14 à la mi-temps. La passe incomplète arrêtant en plus le chrono, on peut même tenter 2 ou 3 fois cette tactique avant de se résoudre au coup de pied égalisateur.
La tactique appelée par Ken Whisenhunt (passe) est donc normale.. Mais il ne peut pas savoir que L'HISTOIRE va lui donner tort... 

Il y a certains moments particulièrement mémorables dans l'histoire du sport en général, et les sports US (NFL et NBA en particulier) ont une place de choix dans le classement général, à cause du décompte à la seconde près et des retournements de situation qu'ils procurent (par exemple, dans le football européen il faut marquer deux fois consécutivement pour retourner une situation, ce qui est rare, hormis Manchester United il n'y a pas si longtemps). En foot US, les turnovers sont plus fréquents, mais peu (voire aucun) sont aussi extraordinaires que celui qui a eu lieu ce dimanche soir...
Kurt Warner lance sa passe vers Boldin pour un touchdown assuré. Mais dans la ligne défensive adverse se trouve un linebacker atypique : James Harrison a eu beaucoup de mal à rentrer dans une équipe NFL. Renvoyé à 4 reprises (pour vitesse insuffisante
), dont 3 fois par son équipe actuelle de Pittsburgh, il a fini par trouver sa place, et cette saison, avec un total de 16 sacks, a été élu meilleur joueur défensif de la Ligue. A ce moment décisif du match (18" à jouer), il décide de suivre son instinct et change de position : il n'est pas censé se trouver là dans le schéma tactique appelé par le coordinateur défensif. Mais passant outre les consignes, il se décale de deux pas et se trouve sur la trajectoire de la passe de Kurt Warner. Prenant Boldin de vitesse, il intercepte le ballon, il est alors pile sur sa ligne d'embut...
Réussir une interception est déjà un exploit... Mais la retourner sur 100 yards, qui plus est dans un Super Bowl, permet tout simplement de rentrer dans l'histoire du sport..

Voir ce joueur de plus de 120 kg remonter tout le terrain à la manière d'un receveur ou d'un "running man" est tout simplement magique. Bien aidé par ses coéquipiers qui réalisent quelques blocks déterminants, il parvient aux deux-tiers de la distance, longeant la ligne de touche. A ce moment, le chrono est déjà à zéro : la mi-temps est terminée, donc s'il ne parvient pas au touchdown, tout cet effort sera inutile (à part empêcher Arizona de marquer).
Conscient de cela, James Harrison fait un crochet pour éviter un adversaire et relance une dernière fois toutes ses forces dans les 10 derniers yards. Rattrappé par deux "défenseurs" des Cardinals (en fait, il s'agit de joueurs offensifs, pas de défenseurs, puisque c'est une interception ; en l'occurrence, le plus rapide au contact est Larry Fitsgerald, receveur vedette d'Arizona), il s'arrache dans un dernier effort entre les deux, et plonge la tête la première dans la "endzone".. TOUCHDOWN !!
Alors que le héros du match est acclamé par tout le stade (majoritairement favorable aux Steelers), Harrison reste étendu les bras en croix, en recherche d'oxygène.
17 - 7 Pittsburgh
Difficile d'élire "la plus belle action de tous les temps dans un Super Bowl".

Mais indiscutablement, celle-ci est un candidat sérieux, ne serait-ce que par ses statistiques pures :
- plus longue interception pour un touchdown dans un Super Bowl.
- meilleure action défensive dans un Super Bowl (ceci est déjà plus subjectif, mais a priori incontestable).
- plus long touchdown défense/attaque confondues dans un Super Bowl.
- plus longue action défense/attaque confondue dans un suberbowl.
[note : rappelons que le terrain fait 100 yards, mais que dans les statistiques, on compte également les 10 yards supplémentaires de l'embut lui-même. Théoriquement, ces records peuvent donc être battus...]
[note 2 : avant ce soir, la plus longue interception dans un Super Bowl était l'oeuvre de Kelly Herndon (76 yards) pour Seattle contre Pittsburgh il y a trois ans (voir Super Bowl XL 2006 2ème mi-temps). Dans ce même match, Willie Parker, qui est toujours aujourd'hui le coureur privilégié des Steelers, avait établi la plus longue course, pour un touchdown de 75 yards. La plus longue action offensive est pour une passe de touchdown de 85 yards de Jake Delhomme vers Muhsin Muhammad, pour les Carolina Panthers contre les New England Patriots il y a 5 ans. Enfin, l'action la plus longue dans un Super Bowl tous domaines confondus était au crédit de Desmond Howard, un retour de coup de pied de 99 yards...]
Au delà de ce strict bilan chiffré, deux points rajoutent encore au caractère exceptionnel de cette action, ce qui lui permet sans doute de "battre" la fabuleuse réception de David Tyree, pour laquelle je m'étais extasié l'année dernière (voir Super Bowl XLII 2008) :
- l'action est "overtime", c'est à dire qu'elle se termine après la fin du chrono.
- le turnover est particulièrement marquant : les Cardinals étaient à 1 yard de marquer et de terminer la première mi-temps en tête 10-14, au pire ils égalisaient 10-10 avec un field-goal. Et là, ils rentrent au vestiaire en étant menés 17-7...

C'est le moment de se détendre un peu avec le "halftime show", qui cette année est assuré par Bruce Springsteen et son E Street Band. Un spectacle comme d'habitude haut en couleurs, avec un Bruce Springsteen particulièrement en forme (on notera néanmoins que depuis plusieurs années, le spectacle de la mi-temps est très "formaté" et se ressemble d'une année sur l'autre. On est loin des prestations grandioses des années 90, comme avec Michael Jackson ou U2).
On n'en oublie néanmoins pas le match : après cette action historique de la fin de la première mi-temps, les Cardinals se retrouvent largement menés au score, et doivent trouver très rapidement les ajustements nécessaires pour être plus efficaces en attaque. Pour l'instant, Kurt Warner n'est pas vraiment décisif, et surtout Larry Fitzgerald, l'arme principale d'Arizona, qui avait été si flamboyant pendant les playoffs, a été totalement invisible jusqu'alors : une seule petite réception.
Arizona aura le premier ballon en attaque du troisième quart-temps, et doit désormais faire que ce match ne se transforme pas en déroute. Quant à Pittsburgh, ils ont toutes les raisons d'être confiants jusque là : même sans compter l'interception de James Harrison, ils ont été performants en attaque et efficaces en défense.

Kurt Warner (photo) débute donc la seconde mi-temps. Ses receveurs étant toujours bien surveillés par la défense des Steelers, c'est par des petites courses qu'il fait progresser les Cardinals jusqu'au milieu du terrain. Mais il est alors sacké, et commet un fumble, récupéré par Pittsburgh (Harrison). Un nouveau turnover qui pourrait tuer le match avant l'heure, mais le coach d'Arizona demande un "challenge". Et une deuxième fois dans ce match, Ken Whisenhunt obtient gain de cause : le corps arbitral renverse sa décision et annule le fumble. Les Cardinals obtiennent un répis, mais doivent finalement dégager le ballon.
Les Steelers mènent ensuite un très long drive (16 actions au total), qui va manger finalement près de 9 minutes de temps de jeu. Pittsburgh progresse d'autant mieux que les Cardinals se font pénaliser deux fois, pour des fautes personnelles assez idiotes, surtout à ce moment du match. Alors que les Steelers finissent par marquer un field-goal, les Cardinals sont même pénalisés une troisième fois, encore une faute personnelle, ce qui rend le ballon aux Steelers qui n'attendaient pas ce véritable cadeau. Heureusement pour Arizona, cette nouvelle erreur ne leur coûte pas un touchdown qui aurait été désastreux. Pittsburgh marque finalement une nouvelle fois ce field-goal.
20 - 7 Pittsburgh
Il ne reste déjà plus que 2'11" dans ce quart-temps lorsque Kurt Warner repart à l'attaque, et la fin du quart-temps voit donc les Steelers mener de 13 points, un écart qui semble les emmener tout droit vers la victoire : comment la meilleure défense de la NFL pourrait laisser filer un match aussi important ? Surtout que jusqu'à présent le jeu de passe qui fait la force des Cardinals a été particulièrement bien contenu.
Mais lors d'un Super Bowl, il ne faut surtout pas aller se coucher trop tôt, même s'il est près de 4 heure du matin. 
Et effectivement, le match réserve encore quelques surprises... 

Le drive d'Arizona commencé en fin de troisième quart-temps n'amène rien. Pittsburgh est également bloqué dans le suivant, grâce en particulier à un sack réalisé par la défense d'Arizona. Puis les Cardinals réalisent enfin un bon et long drive, débuté à 11'30" de la fin du match.
Un drive mené intégralement à la passe, Kurt Warner lançant pour 13 et 18 yards tout d'abord, puis vers Fitzgerald pour 6 yards. Une nouvelle passe captée par Arrington pour 22 yards, puis une nouvelle fois Fitzgerald pour 18 yards, et les Cardinals se retrouvent à 10 yards de l'embut. Le coordinateur offensif d'Arizona semble enfin avoir trouvé le moyen de libérer son receveur vedette de la pression défensive de Pittsburgh : le placer plus près de la ligne de scrimmage, et privilégier les trajets slant (en travers).
Et c'est tout logiquement Larry Fitzgerald (photo de gauche) qui marque le touchdown de l'espoir pour les Cardinals.
20 - 14 Pittsburgh
La défense d'Arizona réalise une nouvelle fois un bon travail, Ben Roethlisberger est encore sacké et les Cardinals se retrouvent à nouveau en attaque avec 5'28" à jouer. Ce drive est encore émaillé de 3 pénalités pour faute personnelle (2 contre Pittsburgh, 1 contre Arizona), on aura rarement vu autant de pénalités de ce genre sifflées dans un Super Bowl.
Cette fois, Kurt Warner cale un peu, lançant 4 passes incomplètes consécutivement.
Mais grâce à sa seule passe réussie dans ce drive (23 yards) et la grosse pénalité contre Pittsburgh, les Cardinals se sont bien rapprochés : insuffisant pour tenter un field-goal, mais du coup, le punt (particulièrement réussi !) redonne le ballon aux Steelers sur leur propre ligne des 1 yard.

Pittsburgh est donc acculé juste devant leur ligne de but, à 1 yard (et paf ! encore un jeu se déroulant sur les 1 yard, cette fois dans l'autre sens... C'est très probablement un record, mais ce n'est pas sûr que la NFL compte ce genre de chose). Les Steelers tentent de se donner un peu d'air par une passe, mais les arbitres sifflent encore une pénalité pour holding. Sauf que cette fois, il s'agit d'une action illégale dans la zone d'embut : c'est donc un "safety", qui rapporte 2 points à l'équipe qui défend (et qui s'obtient normalement en plaquant le quaterback adverse dans sa propre zone d'embut). Les Cardinals reviennent donc à 4 points, ce qui ne change pas vraiment les choses (un field-goal ne leur suffit toujours pas), mais ils récupèrent la balle en attaque avec encore 2'58" à jouer, ce qui est largement suffisant pour terminer le plus incroyable come-back de l'histoire...
20 - 16 Pittsburgh
Et le miracle se produit deux actions plus tard !! Toujours sur ce fameux trajet slant, Larry Fitzgerald capte une passe relativement courte en plein centre, passe au milieu de deux défenseurs et accélère d'un coup, les déposant sur place ! Il termine triomphalement sa course 64 yards plus loin (photo de droite), marquant ainsi son 7ème touchdown "postseason" (c'est à dire dans les matchs de playoffs, Super Bowl compris), nouveau record NFL.
20 - 23 Arizona
Ils l'ont donc fait : les Cardinals d'Arizona ont marqué 16 points d'affilée, un come-back aussi incroyable qu'inattendu face à la meilleure défense de la NFL. Et cela principalement grâce au changement de stratégie offensive qui a permis de libérer Larry Fitzgerald : bloqué à une seule réception en première mi-temps, il totalise 6 réceptions en deuxième, pour 115 yards gagnés et 2 touchdowns !! Des statistiques qui pourraient lui valoir le titre de MVP du match dans quelques minutes (en concurrence avec Kurt Warner, dont les stats sont également impressionnantes, surtout en deuxième mi-temps).
Mais ce match fort en émotions n'est pas encore terminé... 

Le touchdown qui a permis aux Cardinals de prendre la tête ayant été marqué en une seule action de jeu, il reste 2'30" aux Steelers (et 2 temps-morts, sans compter le temps-mort automatique des 2 minutes) pour tenter de renverser la situation et de reprendre l'avantage.
A quelques secondes près, on se retrouve en fait EXACTEMENT dans la même situation que l'année dernière dans le Super Bowl XLII 2008 : on se souvient encore de ce drive victorieux mené par Eli Manning (et de cette réception miraculeuse de David Tyree) qui avait permis aux Giants de l'emporter à la surprise générale par un touchdown marqué à 35" de la fin.
Et nul doute que cet exploit est à la portée de Ben Roethlisberger : en seulement quelques saisons, il a déjà à son actif 17 winning-drives en quatrième quart-temps...
La différence notable avec l'année dernière est qu'il n'y a que 3 points de retard : cette fois, une bonne progression peut suffire, pour marquer un field-goal et emmener le match en prolongation (ce qui serait une première en Super Bowl).
Le drive (débuté sur la ligne des 22 d'Arizona) commence néanmoins mal : une petite passe improductive et surtout une énième pénalité pour holding (j'ai arrêté de les compter) qui repousse désormais les Cardinals à 88 yards de l'objectif.
Puis une passe de 14 yards captée par Holmes, une passe incomplète et on arrive au two-minutes warning. Il reste 74 yards à gagner.
Après deux nouvelles passes (Holmes 13 yards, Washington 11 yards), le cap de la mi-terrain est atteint et les Steelers prennent un temps-mort, il reste 1'02" sur l'horloge.

Suit alors une passe vers la droite qui permet à Santonio Holmes, incontestablement l'homme de ce drive, de gagner 40 yards ! Il ne reste que 49 secondes, mais les Steelers ne sont plus qu'à 6 yards...
Ils prennent alors leur dernier temps-mort, ce qui signifie une chose : ils vont continuer à faire confiance aux passes de Kurt Warner, il aura 3 tentatives pour marquer un touchdown, et au pire, si les passes sont incomplètes, le chrono sera alors arrêté, ce qu'il leur permettra de se contenter d'un field-goal égalisateur.
La première passe (toujours vers Holmes) est incomplète, mais la seconde est gagnante...
Une réception magique : placé en fond d'embut et entouré de trois défenseurs, Santonio Holmes se détend, se met sur la pointe des pieds et capte la balle en s'inclinant vers l'extérieur (photo ci-dessus et ci-contre). Lorsque la passe, merveilleusement dosée et précise, atteint ses doigts, il est déjà incliné à 30°, mais jamais ses pieds ne quittent le sol : l'image est saisissante, étendu de tout son long, la pointe de ses pieds joints traînent sur le terrain tandis qu'il s'écroule... TOUCHDOWN !!
La révision vidéo appelée par les arbitres confirme sans problème la validité de cette réception exceptionnelle, et à 35 secondes de la fin du match, Pittsburgh repasse en tête après le coup de pied de transformation.
27 - 23 Pittsburgh
Ce drive victorieux totalise donc 8 actions pour 78 yards (en fait 88, mais on ne compte pas la pénalité), et Santonio Holmes a capté 4 passes pour un gain personnel de 73 yards. 
Si l'on s'était extasié sur la réception de David Tyree l'année dernière, il faut avouer que celle de Holmes ressemble beaucoup plus à "The Catch" : c'est en effet pour un touchdown victorieux, qui plus est en Super Bowl (celle de Tyree n'était pas la dernière passe du drive, et en plus était un peu chanceuse. En fait, c'est l'action en entier qui était exceptionnelle, avec Manning presque sacké, plus que la réception elle-même), et la façon de capter le ballon est réellement incroyable.
Comme l'année dernière, il reste une dernière chance possible pour l'équipe menée au score. Les Cardinals ont 29" et 2 temps-morts pour créer un nouvel exploit.
Après deux passes de Kurt Warner (Fitzgerald pour 20 yards, puis Arrington pour 13 yards), les Cardinals prennent leur dernier temps-mort à 15 secondes de la fin, mais ils ont bien progressé : ils ne sont plus qu'à 44 yards de la ligne de Pittsburgh.
Le miracle est encore possible, mais sur l'action suivante, alors que Kurt Warner s'apprête à lancer une ultime passe, il est sacké et commet un fumble récupéré par la défense des Steelers. Ces derniers n'ont plus qu'à mettre un genou au sol pour laisser s'écouler les 5 dernières secondes, et remportent donc ce match.
C'est alors que s'ouvre une certaine polémique : pourquoi les arbitres n'ont-ils pas demandé la révision vidéo de cette dernière action ?
La décision sur ce genre d'action n'est pas toujours évidente : si le quarterback ne fait même qu'esquisser le geste de passe au moment de perdre le ballon consécutivement au sack, il n'y a pas fumble, mais passe incomplète...
Et dans ce moment crucial du match, cela change tout. En effet, il y a eu sur cette même action une pénalité sifflée contre Pittsburgh pour "manifestation excessive de joie" (
si, si... Ca existe... "Unsportsmanlike Conduct" en anglais). Cette pénalité coûte 15 yards.
Ce qui fait qu'en cas de passe incomplète (au lieu du fumble sifflé originellement), les Cardinals se seraient retrouvés à 39 yards du but, avec 5 secondes à jouer. De quoi tenter pour Kurt Warner, une ultime passe "ave maria", qui si elle avait été réussie, aurait définitivement propulsé ce match au Panthéon de l'histoire du sport...
On ne saura malheureusement jamais ce qui ce serait passé, et dans un tel match historique, c'est un peu dommage. Ce qui est certain, c'est que Kurt Warner aurait mérité cette ultime tentative. Il termine la seconde mi-temps avec un rating quasi parfait de 147.7 (2 TD, 224 yards, 14 sur 19 à la passe), et ses statistiques globales sur le match sont excellentes : 3 TD, 377 yards, 31 sur 42 à la passe (et malheureusement 1 interception, la "fameuse" de James Harrison).
Il peut se consoler de la défaite en entrant un peu plus dans le tableau des records du Super Bowl :
- troisième meilleur pourcentage de passes complétées (73,8%).
- deuxième (ex-aequo) meilleur total de passes complétées sur un match (31, à une unité de Tom Brady).
- probablement très bien placé sur le nombre total de passes complétées en Super Bowl, avec seulement 3 Super Bowls disputés (mais je n'ai pas les chiffres précis).
- plus grand nombre de yards gagnés à la passe en Super Bowl (total des matchs) : avec 1156 yards, il bat désormais l'illustre Joe Montana, mais avec un Super Bowl de moins (3 au lieu de 4) !
- et surtout, en 3 Super Bowls disputés, il prend les 3 premières places du classement des quarterback les plus prolifiques sur un match : 414, 377 et 365 yards... Impressionnant !
En face, et même si ses statistiques sont moins marquantes (1 TD, 1 INT, 256 yards, 21 sur 30 à la passe), Ben Roethlisberger a néanmoins fait oublier sa prestation désastreuse d'il y a 3 ans (rappel : record du plus mauvais rating en Super Bowl..). Et puis, il est l'artisan (avec Holmes) de ce drive victorieux à 2'30", qui vaut largement celui d'Eli Manning de l'année dernière, ou celui de Joe Montana il y a 20 ans.
Du côté des statistiques globales, Arizona mène en attaque (407 yards à 292, grâce aux passes de Kurt Warner, mais n'oublions pas que le retour d'interception de 100 yards par James Harrison n'est pas comptabilisé dans les statistiques d'attaque) et en nombre de first-down (23 à 20). En revanche, les Cardinals établissent un nouveau record de Super Bowl peu enviable : ils ont été pénalisés 11 fois pour un total de 106 yards (7 pour 56 yards côté Pittsburgh). Il est vrai que ce match a vu une véritable pluie de pénalités, en particulier les "holding".
Score final :


Pittsburgh Steelers 27 - Arizona Cardinals 23

C'est Santonio Holmes qui est élu MVP du Super Bowl XLIII (photo de gauche, et ci-dessous congratulé par son quarterback Ben Roethlisberger), grâce à ses statistiques et sa réception décisive : 9 réceptions, 131 yards, winning TD.
Sur cette même photo de gauche, le petit homme à droite s'appelle Dan Rooney, 76 ans, c'est le propriétaire de la franchise de Pittsburgh : il a vécu les 6 titres...
C'est en effet le 6ème Super Bowl remporté par Pittsburgh (sur 7 disputés), ce qui leur permet de prendre seuls la tête des équipes les plus victorieuses en Super Bowl.
Les Steelers peuvent en outre se prévaloir de bon nombre des plus belles actions de tous les temps dans la grande finale :
à la course de Willie Parker d'il y a 3 ans, viennent s'ajouter la plus longue action (et peut être "the greatest play all-time") par l'interception de James Harrison et cette réception incroyable de Santonio Holmes.
A 36 ans, leur coach Mike Tomlin devient le plus jeune à remporter un Super Bowl (et même le plus jeune à participer à un Super Bowl).

Il est toujours un peu risqué de donner un avis à chaud sur un Super Bowl : dès que le match est tant soit peu émotionnel, on a forcément tendance à le porter aux nues.
Néanmoins, il est évident que ce Super Bowl XLIII va facilement entrer en bonne position dans le classement des meilleures finales, et peut-être devenir le plus beau Super Bowl de tous les temps...
D'une part il y a eu cette émotion particulière des matchs gagnés dans les dernières secondes par un "winning drive" décisif (comme l'année dernière ou lors du Super Bowl XXIII). Puis une réception exceptionnelle dans ce même dernier drive (là encore, comme l'année dernière).
Mais il y a eu en plus cette interception incroyable en toute fin de mi-temps, la fin palpitante du match ne doit pas faire oublier cette action mémorable. Enfin, on a pu croire que Kurt Warner allait encore pouvoir inverser le résultat dans les dernières secondes (et auparavant, Pittsburgh aurait pu échouer sur le TD, marquer un field-goal et amener la première prolongation en Super Bowl, chose que j'attends depuis 20 ans, depuis que j'ai vu s'afficher lors du Super Bowl XXIII le fameux message "NFL Fact : No Super Bowl has gone overtime"...).
Pour toutes ces raisons, ce Super Bowl XLIII restera dans l'histoire comme l'un des plus beaux. Si j'ai toujours une tendresse personnelle pour le Super Bowl XXIII (parce que c'était mon premier, qu'il m'a donné l'amour de ce sport, et qu'il était effectivement classé en tête lors d'un sondage général réalisé il y a 2 ou 3 ans), force est de reconnaître que les deux derniers, XLII et XLIII, sont probablement au-dessus. Nous verrons le jugement de l'histoire d'ici quelques années...
D'ici là, rendez-vous la saison prochaine, le 07 février 2010 à Miami, toujours en Floride (dans le stade des Dolphins), où aura lieu le Super Bowl XLIV, que l'on espère aussi passionnant que les deux derniers. 
Bye-bye !!