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#1  06-03-2010 14:01:37   Le bilan français des Jeux Olympiques 2010

Avec un total de 11 médailles, la France égale son record de Salt Lake City. Le biathlon (déjà traditionnellement LE point fort des français) réalise également son record avec 6 médailles (voir photo des médaillés plus bas).

Cependant, il est aisé de se cacher derrière ces deux bons chiffres et d'en oublier d'autres, plutôt mauvais..

Vancouver 2010
AFF
Ainsi, contrairement à ce que certains journalistes voudraient nous faire croire, la performance de Salt Lake City est LOIN D'ETRE EGALEE !!

En 2002, les 11 médailles françaises se décomposaient ainsi : 4 titres, 5 médailles d'argent, 2 médailles de bronze.
En 2010, on a obtenu : 2 titres, 3 médailles d'argent, 6 médailles de bronze.

Soit deux fois moins de titres et presque deux fois moins d'argent, résultat : 12ème place au classement au lieu de la 6ème !!
C'est quand même pas la même chose..

Le biathlon : sauveur de la France


C'est incontestablement grâce au biathlon que la France sauve les apparences. Sur les 10 courses organisées, les français sont montés 6 fois sur le podium. Avec un titre (Vincent Jay), et trois double médaillés (en individuel et en relais, Marie-Laure Brunet, Marie Dorin et Vincent Jay). Le tout complété par la médaille d'argent de Martin Fourcade.
Seule (petite) déception, tout le monde espérait aussi une médaille en relais masculin, mais bon... wink2

Les leaders


Médaillés biathlon français
Les médaillés du biathlon français : De g. à d. : Marie Dorin, Martin Fourcade,
Marie-Laure Brunet, Sylvie Becaert, Vincent Jay, Sandrine Bailly
C'est l'un des points négatifs : dans certaines disciplines, un(e) français(e) était favori au départ, avec une médaille (voire même le titre) sinon "annoncée" en tout cas "fortement probable".
Seul Jason Lamy-Chappuis a tenu son rang en remportant la médaille d'or sur le combiné nordique petit tremplin (et il aurait sans doute pu mieux faire sur le grand tremplin sans les conditions météo déplorables au saut).

Les autres leaders dans leur discipline ont échoué (on regrettera également la blessure de Jean-Baptiste Grange en tout début de saison qui l'a privé de Jeux..).

Surtout Ophélie David, qui a tout gagné en ski cross féminin, et qui aurait bien aimé profiter de l'arrivée de cette discipline dans le programme des Jeux pour parachever sa carrière. Malheureusement, l'ultra-favorite a chuté dès les quarts de finale. C'est Marion Josserand qui a sauvé les meubles en décrochant le bronze.
Toujours en ski acrobatique, on attendait mieux de Guilbaut Colas sur les bosses que sa 6ème place.

Même désillusion (et même consolation) en snowboard cross masculin : on attendait Pierre Vaultier et les frères De Le Rue, c'est finalement Tony Ramoin qui a obtenu le bronze.

Enfin, l'échec de Brian Joubert (16ème) en patinage artistique a été longuement commenté. Dans la même discipline, mais en danse, on pouvait aussi espérer un peu mieux que la 6ème place pour Isabelle Delobel et Olivier Schoenfelder, qui mettaient un terme à leur carrière à l'occasion de ces Jeux.

Les satisfactions


Hormis la performance d'ensemble des biathlètes, il y a quelques bonnes surprises. A part Marion Josserand et Tony Ramoin déjà cités ci-dessus, on notera :
  • la médaille de bronze de Mathieu Bozzetto en snowboard slalom parallèle, obtenue à 36 ans.
  • la 4ème place de l'équipe de relais masculin en ski de fond, à 4 secondes du podium.
  • toujours en ski de fond, la 5ème place de Vincent Vittoz en individuel libre (ENCORE à 4 secondes du podium), complétée par la 6ème place de Maurice Manificat dans la même course.
Mais LA plus grande performance (sans médaille) des français, pourtant passée inaperçue, est incontestablement celle d'Alexis Contin en patinage de vitesse : 4ème sur le 10 000 m et 6ème du 5 000 m, alors qu'il n'a MEME PAS les moyens de s'entraîner (cf. plus bas).

Ski alpin


Ski alpin France
vancouver2010.com
On a ENORMEMENT parlé du ski alpin français pendant toute la quinzaine... Et probablement BEAUCOUP TROP...
Les médias n'ont eu de cesse de rajouter de la pression sur une équipe de France qui n'en avait certainement pas besoin. Bien sûr, on avait pris l'habitude de ramener au moins une médaille en ski alpin (le dernier "zéro" remonte à 1994). Et même parfois les meilleures, puisque sur les 3 dernières olympiades (Nagano, Salt Lake City et Turin), on avait obtenu la médaille d'or de l'épreuve reine, la descente (hommes ou femmes).

Cependant, ces succès passés et le beau parcours de l'équipe de France en Coupe du Monde ces derniers mois (avec plusieurs podiums) ne doivent pas masquer un fait : la France N'EST PAS une grande nation de ski alpin, même si dans les années 80, le ski alpin était la seule source de médailles aux JO (mais pour une ou deux médailles seulement).
Le seul skieur réellement susceptible de se mesurer aux meilleurs mondiaux était Jean-Baptiste Grange, mais il était absent sur blessure. Julien Lizeroux aurait pu prétendre à une médaille, mais ses chances étaient indéniablement plus minces.

En fait, la 5ème place de Sandrine Aubert en slalom, les 7èmes places de Marie Marchand-Arvier et David Poisson en descente, voire les 9èmes positions de Taïna Barioz en géant et de Julien Lizeroux en slalom représentent des performances tout à fait correctes pour les Français.
D'autre part, le nombre de skieurs participant aux différentes épreuves est en progression. La France est tout simplement à sa place, et ce n'est pas parce qu'un ou une de nos représentant(e)s aurait eu une médaille que cela aurait changé grand chose...

Et la Glace ???


Plutôt que d'accabler les skieurs, on ferait mieux de se pencher sérieusement sur la situation des sports de glace.
Car sur les 15 grandes disciplines inscrites au programme, 8 sont sur glace et 7 sur neige. Même en enlevant les deux sports collectifs (curling et hockey), cela fait encore 6 contre 7.
Et tout cela fait un paquet de médailles possibles : avec le patinage de vitesse (12 épreuves soit 36 médailles distribuées) et le short-track (8 épreuves), on arrive déjà à 60 médailles. En ajoutant le patinage artistique (4 épreuves), le bobsleigh (3 épreuves), la luge (3) et le skeleton (2), on arrive à un total de 96 médailles.. On atteindrait même 108 avec le curling et le hockey, soit 42% de toutes les médailles distribuées aux Jeux, mais on va omettre ces deux disciplines, dont la caractéristique "sport collectif" prime largement sur celle de "sport de glace" (et les sports collectifs, c'est un peu spécial).

Les pays qui réussissent traditionnellement bien aux JO d'hiver ont un ratio glace/neige qui correspond plus ou moins à la répartition des médailles distribuées : ainsi cette année, 16 des 37 médailles obtenues par les Etats-Unis étaient sur glace, 15 sur 30 pour l'Allemagne. La France, pour sa part, n'a remporté AUCUNE de ces 96 médailles. Mais pire que cela, les bons résultats sont très rares : une 4ème place, deux 6èmes places et une 7ème place. TOUT le reste est au moins à la 13ème place !!
Alors si on veut parler d'un "zéro pointé", c'est plus qu'il faut le voir, plutôt qu'au ski alpin (qui, par comparaison, ne représente que 10 épreuves, soit seulement 30 médailles possibles...).

Sports de glace
FTV/DR
En patinage artistique, discipline mise en avant depuis de nombreuses années par la FFSG (Fédération Française des Sports de Glace), et d'ailleurs seule des disciplines de glace bien traitée par les médias français, la situation n'est pas à la hauteur des espérances, mais pas catastrophique (5 participations, dans 3 dans 4 épreuves). L'échec de Brian Joubert, seul véritable espoir de médaille, a néanmoins fait beaucoup de dégâts au niveau des performances globales attendues.
Le bon résultat est venu de la danse, avec une 6ème place des futurs retraités Delobel et Schoenfelder, bien secondés par leurs futurs remplaçants (Pechalat et Bourzat, 7èmes). En revanche, aucune participation en individuel chez les femmes, ce qui est préoccupant pour l'avenir : pas même une très jeune fille, qui aurait certes terminé loin, mais qui aurait au moins pris de l'expérience pour le futur.

En short-track, il y a un semblant d'équipe : 6 ou 7 patineurs, qui permettent un total de 11 participations sur 7 des 8 épreuves (même en relais masculin). Malheureusement, le niveau est globalement faible, le meilleur résultat est une 13ème place (je ne compte pas la 5ème place en relais : d'une part c'est sur 8 concurrents seulement, et d'autre part c'est grâce à un repêchage très heureux, la France avait en fait le moins bon temps des engagés). De toute façon, la discipline est TELLEMENT dominée par la Corée, la Chine et les Etats-Unis, qu'il faut un miracle pour décrocher une médaille.
Pour progresser, les patineurs du short-track auraient déjà besoin de plus de considération, et c'est loin d'être gagné. D'une part la diffusion télévisée est TRES MAUVAISE (et sur les 2 chaînes) : le short-track sert souvent de "bouche-trou", on ne voit aucune épreuve en entier (même en différé), et même sur les finales, on arrive parfois alors que la course a déjà commencé. Mais d'autre part, et ce depuis plusieurs olympiades, Nelson Monfort s'acharne à vouloir dévaloriser ce sport, à grand renfort de commentaires parfois limite injurieux. En ridiculisant ainsi les sportifs qu'il commente, il se ridiculise lui-même, mais le mal est fait : le short-track est devenu LA discipline dont on se moque (bien plus que le curling, qui n'a pas non plus bonne presse). La première bonne décision pour cette discipline n'est donc pas du ressort de la FFSG : il faut virer Nelson Monfort de ce sport...

Pour ce qui est des 4 autres disciplines de glace, c'est "morne plaine", "le néant", que sais-je encore... sad
Car là, ce ne sont pas seulement les résultats qui manquent, mais AUSSI les participations (et si on ne participe pas...).

En bobsleigh + luge + skeleton (8 épreuves) : 2 participations seulement (1 luge, 1 skeleton, 0 bob). Résultats : 22ème et 15ème.
En patinage de vitesse (12 épreuves) : 2 patineurs, 3 participations. L'un termine 33ème sur 37, l'autre... est la "perle rare" de l'équipe de France !

Alexis Contin (photo de gauche, plus bas) est LE véritable héros (méconnu) de l'équipe de France en sports de glace, toutes disciplines confondues. Non seulement il obtient le meilleur résultat en glace, 4ème sur le 10 km (avec également une 6ème place sur le 5km), mais en plus il partait avec un handicap sérieux. En effet, il n'y a PAS d'anneau de vitesse en France (celui construit pour Albertville 1992 était en extérieur, donc forcément provisoire ; c'est la dernière fois que le patinage de vitesse s'est déroulé en extérieur).
Le patineur est donc obligé de s'entraîner (principalement) en roller : ça ne tombe pas si mal puisqu'il est issu de cette discipline. Il est en effet triple champion du monde (2004, 2005, 2008) dans ce sport, et a obtenu une médaille d'argent aux Jeux Mondiaux 2009. Son adaptation sur la glace n'a pas été facile (même si les similarités entre les deux sports sont évidentes), mais sa motivation, associée à une bonne préparation physique, ont permis cette excellente performance dans ces JO.

Alexis Contin
Alexis Contin représente à lui seul les problèmes du sport amateur dans une discipline "oubliée" :
- un champion d'exception, motivé au point de se diversifier sur 2 sports différents. Et qui fait des résultats...
- délaissé par les instances sportives : en l'occurence la FFSG, le patinage de vitesse n'étant pas leur priorité (loin de là), ils préfèrent soutenir (financièrement) "jusqu'au bout" un Brian Joubert déficient plutôt qu'un Alexis Contin.
- obligé du coup de recourir au "système D" : pour la préparation physique, il s'adresse à l'équipe de France de roller. Pour ce qui est de la glace, il s'entraîne avec l'équipe d'Italie...
- totalement ignoré par les médias (et donc du grand public) : les retransmissions du patinage de vitesse en France sont aussi mauvaises (voire même pire..) que celles du short-track ou de la luge/skeleton. Certes, le format des compétitions est plus difficile à retransmettre en intégralité que, par exemple, le super-G. C'est plus long, ok. Mais y'a quand même des limites...
Le SEUL moment où on a pu voir Alexis Contin sur FR2, c'est précisemment sur le 10 km où il a terminé 4ème. Mais évidemment, il n'était PAS QUESTION pour FR2 (même Eurosport ne l'a pas fait) de retransmettre l'épreuve en intégralité. Alors on a "zappé" quelques minutes sur le patinage de vitesse, le temps de voir les deux derniers tours du français, et d'entendre Nelson Monfort (encore lui.. neutral) annoncer (dixit) : "il est bien trop loin, il n'a aucune chance...". Genre "c'est pas la peine de me rappeler, c'est mort..". De fait, on n'a jamais vu les résultats de cette course... La 4ème place du français a peut-être été signalée plus tard dans un "flash info" quelconque, mais sans plus.

Comment faire naître des vocations (ou juste motiver les sportifs actuels) si les médias (France Télévisions en premier) ne jouent pas le jeu ?

Conclusion


Si le bilan comptable reste honorable en nombre total de médailles, le nombre de titres olympiques reste insuffisant.

Au-delà de l'échec en ski alpin, ce qui ressort surtout du tableau ci-dessous, c'est la faible diversité des disciplines primées (le biathlon et le snowboard totalisant 9 des 11 médailles !!!), et en particulier le zéro pointé dans les sports de glace.

Si la France veut passer le cap des 8-11 médailles qu'elle obtient depuis une quinzaine d'années aux JO d'hiver, il FAUT se préoccuper des sports de glace, point faible actuel. On ne peut pas prétendre à une bonne place au classement général si l'on se prive d'emblée (ne serait-ce qu'en participation) de près de la moitié des médailles possibles...
Note : et qu'on arrête de dire que ces disciplines ne "sont pas médiatiques", c'est un faux argument ; par définition, ce sont les médias qui FONT la médiatisation... Donc retransmettez (proprement) les compétitions de glace et elles deviendront médiatiques...

La parole est à Didier Gailhaguet (patron de la FFSG).

Tableau des médaillés


Voici le tableau complet des médailles françaises dans ces Jeux Olympiques Vancouver 2010 :

Or (2)
BiathlonSprint (H)Vincent Jay
Combiné nordiqueIndividuel petit tremplinJason Lamy-Chappuis
Argent (3)
BiathlonMass-start (H)Martin Fourcade
Relais (F)Marie-Laure Brunet, Sylvie Becaert, Marie Dorin, Sandrine Bailly
SnowboardCross (F)Déborah Anthonioz
Bronze (6)
BiathlonSprint (F)Marie Dorin
Poursuite (F)Marie-Laure Brunet
Poursuite (H)Vincent Jay
SnowboardCross (H)Tony Ramoin
Slalom parallèle (H)Mathieu Bozzetto
Ski acrobatiqueCross (F)Marion Josserand