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#1  01-09-2008 03:17:16   Télévisions Jeux Olympiques 2008 : le match

Trois groupes en France avaient acquis les droits de diffusion de ces JO : TF1 (Eurosport), FranceTélévision (France2, France3, France4), et Canal+ (Canal+, Canal+ Sport, Sport+).

Les forces en présence


Cela donnait concrètement 4 choix de chaîne pour les téléspectateurs : en effet, sur FranceTélévision les différents canaux n'étaient (le plus souvent) pas en concurrence. En fait le fonctionnement était grosso-modo le même que pendant le Tour de France ou Roland-Garros : France2 et France3 se relayaient successivement en fonction des programmes "fixes" (tel que le Journal de 13h). Les deux canaux n'étaient utilisés en même temps que très rarement, par exemple en pleine nuit pour le marathon ou la course sur route en cyclisme. D'autre part, France4 n'était utilisé que pour la retransmission du football et chez Canal+, la chaîne Sport+ était dédiée au tennis (nous ne parlerons pas de ces deux canaux spécifiques).
En revanche, Canal+ et Canal+ Sport étaient vraiment deux canaux indépendants (journalistes en plateau différents, programmation différente même si la chaîne premium "zappait" de temps en temps sur la programmation de Canal+ Sport).

Nous avions donc 4 chaînes : Eurosport, Canal+ Sport, Canal+ et FranceTélévision (nommée France2 dans la suite).
Pour répondre d'avance à un éventuel commentaire ("il faut comparer ce qui est comparable"), notons tout de suite qu'effectivement les 4 chaînes ne sont pas "équivalentes", ni en terme d'audience, ni en terme d'accès, ni enfin en terme de spécificité : les deux premières sont des chaînes exclusivement sportives, ce qui leur permettait de proposer les Jeux 24h/24. Les deux autres sont "généralistes" et leur programmation était basée sur le direct (environ 15h/24 + émissions récapitulatives le soir).
Enfin, France2 est gratuite, les autres sont payantes par abonnement.
Néanmoins, en se plaçant du côté d'un téléspectateur ayant accès aux différentes chaînes, peut importe qu'une chaîne soit "sportive" ou "généraliste" : ce qui compte, c'est que les compétitions soient retransmises, et dans de bonnes conditions. D'ailleurs, RIEN N'EMPECHAIT les chaînes dites généralistes de DEVENIR sportives pendant 15 jours : FranceTélévision aurait pu transformer France3 en un canal "JO only" et Canal+ de même (comme ils l'avaient fait en 1996, à l'époque où il n'y avait qu'un seul canal).

C'est donc dans l'optique "regardons les compétitions sur les chaînes qui les diffusent" qu'est réalisé cette analyse.

Eurosport


Eurosport avait fait 2 choix particuliers (comme en 2004) qui permettaient de se distinguer nettement de ces concurrentes :

- ne diffuser que certaines compétitions : natation (plongeon compris), athlétisme, aviron, canoë-kayak, haltérophilie, cyclisme et gymnastique (au moins les concours généraux). Et quelques sports collectifs en fin de quinzaine.
Grâce à ce choix opéré à la base, la chaîne avait un avantage indéniable sur les autres : proposer les compétitions DANS LEUR INTEGRALITE, de l'ouverture à la fermeture du canal international, sans aucun "zapping" sur d'autres sites. C'était par exemple le cas des sessions de natation (matin et après-midi) : TOUT était diffusé, toutes les séries, toutes les remises de médailles... De même en athlétisme.
Eurosport a été la seule chaîne à diffuser les concours d'haltérophilie dans leur ensemble, de même que les courses d'aviron ou les concours de plongeon.
D'autre part, le nombre restreint de compétitions tout en ayant un créneau 24/24 permettait de proposer des rediffusions : pour ceux qui ne pouvaient pas se lever à 3h du matin, la session de natation était proposée en différé dans la soirée.

- ne pas avoir de "plateau" et avoir un traitement international : comme il n'y avait pas de "zapping" à faire entre les compétitions (voir point précédent), nul besoin d'avoir un journaliste en plateau pour lancer les sujets. Alors que France2 et Canal+ avait mobilisé l'ensemble de leurs présentateurs pour les Jeux (4 présentateurs devant se relayer sur une journée), ceux d'Eurosport (et en particulier d'Eurosport France) étaient tous en vacances ! smile
D'autre part, comme il n'y avait pas de traitement spécifique à un pays (on diffusait les compétitions indépendamment de la présence ou non d'un athlète français ou autre), l'intégralité des Jeux a été produit pour l'international (Eurosport est présente dans plusieurs pays européens). Les émissions récapitulatives du soir, ainsi que les interviews, étaient donc en anglais (mais évidemment doublées pour nous en français).

Points forts :
- compétitions en intégralité.
- commentaires sérieux et sans "exaltation" excessive (natation, athlétisme).
- rediffusions complètes le soir (natation, athlétisme).
- exclusivité de certaines épreuves (haltérophilie, plongeon).
- exclusivité de certains interviews dans l'émission du soir (en particulier celui de Michael Johnson après la perte de son record mythique du 200m).

Points faibles :
- de nombreux sports absents (boxe, judo, escrime, etc...). Mais sur les autres chaînes, ces sports ne sont pas vraiment diffusés non plus : on ne voit que les français...

Publicité : normale.

Canal+ Sport


Ce canal 24/24 était là pour diffuser les compétitions que le canal "premium" (Canal+ normal) n'avait pas le temps de diffuser. En particulier certains sports collectifs, qui n'avaient aucune chance d'être diffusés sur le premium puisque la France n'était pas engagée.

Bien que les responsables de la chaîne cryptée aient annoncé que sur Canal+ Sport les compétitions seraient retransmises en intégralité, ce n'était pas tout à fait le cas, en tout cas pas comme sur Eurosport. Il y avait en effet du "zapping" de temps en temps, mais seulement parce que certains sports NE PEUVENT pas être diffusés en continuité : la boxe, l'escrime, le judo, etc, durent toute la journée.
En revanche, pas de problème pour les sports collectifs : lorsqu'un match était diffusé, c'était en entier.

La complémentarité avec le canal premium s'effectuait par exemple de la manière suivante : Canal+ Sport diffusait quelques combats de judo et lorsqu'un français arrivait "prévenait" Canal+ qui diffusait alors ce combat. La suite restait sur Canal+ Sport. C'était là l'un des points forts de la chaîne : la possibilité de voir un peu plus que seulement les français dans une compétition (par exemple en judo, en boxe, en escrime).
Le journaliste en plateau n'était là que pour donner quelques infos rapides et pour changer de sport (ainsi que pour les incontournables "pages sponsors" dont nous reparlerons plus tard).

Comme Canal+ Sport ne s'occupait pas des sports majeurs comme la natation ou l'athlétisme, cela leur laissait le temps de diffuser des compétitions qui ne l'étaient pas sur les autres chaînes.

Points forts :
- exclusivité de nombreuses compétitions (volley, beach-volley, finale de baseball, etc...)
- meilleur temps d'exposition de certaines autres : judo, boxe, escrime.
- temps de plateau fortement réduit (par rapport à Canal+ et France2).
- commentateurs Canal : Delcourt/Bouttier (boxe), Rey/Douillet (judo), Emilie Le Pennec (gymnastique). Et les "invités" sur certaines épreuves : Bixente Lizarazu et David Douillet.

Points faibles :
- les "pages sponsors" omniprésentes (cf. paragraphe Canal+).

Publicité : ultra-chiante, malgré le nombre restreint de minutes au total (cf. paragraphe Canal+).

France2


La retransmission des Jeux Olympiques (ou d'autres compétitions comme les Championnats du Monde) sur France2/France3 est automatiquement et obligatoirement "handicapée" par le contrat implicite de "service public" : ils se doivent de montrer TOUS les français(es) engagé(es).
Dès lors, étant donné l'importance de la délégation française, cela ne peut que se traduire en un incessant "zapping" entre les différentes compétitions, ce qui donne un côté "franco-français" à quelque chose qui devrait pourtant être international.
A ce sujet, j'aimerai bien voir comment est réalisé la couverture de l'évènement dans un "petit" pays, avec peu d'athlètes engagés. Ou à l'inverse, la couverture américaine (ce qui est déjà limite avec la France doit être tout simplement impossible pour les Etats-Unis).

Malgré cette contrainte initiale, France2 s'en tire plutôt honorablement. En effet, plutôt que de pousser la recherche du direct à tout prix, ils n'ont pas hésité de temps en temps à proposer de légers différés afin de pouvoir mieux suivre certaines épreuves (exemple type : la finale de canoë-kayak diffusée "normalement", c'est à dire complète, et non tronquée comme sur Canal+).
Bonne idée également d'utiliser leurs deux canaux simultanément pour pouvoir suivre en continuité certaines longues épreuves du matin : cyclisme sur route et marathon.

En ce qui concerne les émissions du soir, si celle animée par Gérard Holtz était à fuir comme la peste, en revanche la suivante ("Un jour à Pékin") était plutôt intéressante (sauf leurs jingles séparant les séquences, marrants la première fois mais énervants à force).

Points forts :
- les interviews de Nelson Monfort (surtout avec les français, pour les étrangers en revanche c'est toujours aussi risible, cf. les Guignols).
- certains commentateurs : Laurent Jalabert pour le cyclisme sur route, Patrick Montel pour l'athlétisme (un peu "too much" parfois, mais on a l'habitude).

Points faibles :
- le côté franco-français exacerbé.
- les commentaires souvent exagérés (ce n'est pas en criant plus fort que les commentaires sont meilleurs).

Publicité : normale.

Canal+


A Atlanta en 1996, Canal+ avait décidé de consacrer entièrement son antenne aux Jeux Olympiques (24/24). A l'époque sans aucune publicité (sauf quelques pages pendant les périodes en clair). Ce furent les meilleurs Jeux Olympiques jamais diffusés en France.
Mais dès 2000, la chaîne se voulant plus "généraliste", les choses avaient changé. Et en 2004 à Athènes on avait touché le fond...
En 2008, malgré le changement de direction aux sports, Canal+ n'a pas fait mieux, reproduisant les mêmes erreurs qu'il y a 4 ans.

Contrairement à France2 (les contraintes imposées, évoquées plus haut), Canal+ pourrait très bien proposer un traitement original des Jeux Olympiques. Quel est l'intérêt de faire EXACTEMENT ce que fait France2 ? (à savoir un "zapping" entre les français)
Dans 90% des cas, les MEMES EPREUVES étaient diffusées sur France2 et Canal+ simultanément. Où est le choix proposé au téléspectateur (payant d'autant plus..) ?
Heureusement, Canal+ Sport était là (pour ceux qui ont le satellite), mais l'intérêt de la chaîne premium était quasi-nul (pas tout à fait nul néanmoins, car sur certaines épreuves les commentateurs Canal étaient largement meilleurs que sur France2).

Mais il y a mieux : non seulement ils font la même chose que France2, mais en plus ils le font EN PIRE !!
Le concept du "zapping à tout va" est poussé à l'extrême sur Canal+ : on n'hésite pas à couper la parole aux commentateurs dès la fin pour aller sur une autre compétition (et même après une victoire française, ce qui nous prive totalement des moments de joie), on va sur une compétition juste pour voir la balle de match (totalement inutile..), on n'arrête pas de demander aux commentateurs sur place "à quelle heure passe le français ?", on zappe plusieurs fois "pour faire le point...",... Bref, c'est un ENFER...
AUCUN RESPECT DU SPORT ET DES SPORTIFS !!! (ce qui est un comble pour une chaîne qui, il n'y a pas si longtemps, se disait la chaîne du sport...)

En 2004, il y avait pour Canal deux reproches majeurs (en plus du zapping évoqué ci-dessus) :
- la "non-mise en conformité" de la grille par rapport aux horaires JO.
- la publicité sous forme de "pages sponsors", omniprésente y compris dans les périodes cryptées.

Le premier point concernait le fait que Canal n'avait pas décalé sa grille en fonction du décalage horaire (1 heure) avec la Grèce. Résultat : alors que les compétitions commençaient à 7h heure française, Canal commençait ses retransmissions à 8h pour ne pas changer sa grille (dessins-animés à 7h...).
Avec le décalage plus important pour la Chine, ce point n'est plus d'actualité cette année. Mais le concept "plage en clair/plage cryptée" n'a pas disparu : entre 7h et 9h, et entre 12h et 14h, il y avait sur Canal ENORMEMENT de plateau et peu de sport.
Les "télé-JO" (récapitulatifs d'évènements) à répétition (genre toutes les demi-heures) étaient vraiment GONFLANTS...

Quant au deuxième point : bis-repetita...
Les "pages sponsors" (2 sponsors de 10 secondes, toujours les mêmes, 200 fois par jour...) s'enchaînent sans cesse tout au long de la journée.
BIEN PLUS ENERVANTE qu'une "vraie" page de pub (comme sur France2 ou Eurosport), ce genre de coupure publicitaire est rapidement devenue un signal pour zapper sur une chaîne concurrente (note: ce fonctionnement publicitaire était malheureusement le même sur Canal+ Sport, pourtant entièrement crypté et censé être exempt de publicité..).

Résultat des deux points précédents : TRES SOUVENT, lorsqu'on zappait sur Canal+, on tombait soit sur le plateau, soit sur de la pub... Très rarement sur du sport...

Points forts :
- commentateurs incontournables pour le judo (Thierry Rey / David Douillet) et pour la boxe (Christian Delcourt / Jean-Claude Bouttier).
- certains interviews en athlétisme.

Points faibles :
- mêmes épreuves que France2 (et mêmes défauts).
- "zapping" incessant et énervant.
- temps de plateau beaucoup trop important (à croire que le sport était secondaire).
- publicité omniprésente et inacceptable pour une chaîne payante.

Publicité : le pire du pire... (le concept "no pub", ici non respecté, étant à l'origine de nombreux abonnements)

Conclusion


Sans surprise, les chaînes sportives "remportent" le classement (Eurosport devant Canal+ Sport), et Canal+ sort grande perdante. En fait, on se demande pourquoi Canal+ ne se contente pas de son canal dédié, peut-être juste une question d'image, mais dans ce cas pourquoi mettre autant de publicité qui ne manqueront pas d'énerver leurs adhérents ?
(notons en plus que bientôt il n'y aura plus d'adhérents en analogique, donc tous les adhérents auront Canal+ Sport).

Pour terminer, petite anecdote :

En prélude à la cérémonie de clôture était diffusée une interview que le président du comité olympique avait accordé à Daniel Billalian, directeur des sports à FranceTélévision.
Ce dernier lui a posé la question (légitime) du décalage des finales de natation au matin afin de servir les intérêts de la télévision américaine NBC.
Jacques Rogge lui a répondu qu'il avait agi en fonction des audiences majeures du continent américain et du poids de la délégation américaine. Et lui a rappelé que cela n'avait pas dérangé les nageurs, puisque de nombreux records avaient été battus (et personnellement, j'ai plutôt apprécié ce décalage, cela donnait un intérêt au matin).
Evidemment, pour France2 ce décalage a été contre-productif : les recettes générées par les écrans publicitaires commercialisés lors des retransmissions de ces Jeux ont atteint 4,4 millions d'euros, pour un investissement de 44 millions d'euros en droits de diffusion, auxquels s'ajoutent 12 millions d'euros de frais de production. L'opération sera donc largement déficitaire pour le groupe audiovisuel public.
Mais le plus surprenant est la question suivante : est-ce que ce genre d'arrangement aura lieu pour Londres 2012 ? (réponse : le décalage horaire sera différent...)

Question doublement idiote :
- premièrement, même si les finales ont lieu le matin, ce sera le matin en France également, pas en pleine nuit comme cette année. Donc le "risque" (éventuel) est moins important.
- mais surtout : Mr. Billalian serait-il amnésique ? Ou bien n'a t-il pas encore intégré dans sa réflexion les conséquences du changement annoncé dans l'audiovisuel public ?
En 2012, il n'y aura PLUS DE PUBLICITE sur France2, Jeux Olympiques ou pas, horaires de nuit ou pas... Donc, quelque soient les horaires, ça ne CHANGERA RIEN à l'affaire : FT sera déficitaire quoi qu'il arrive.
Et si on prend au pied de la lettre le projet gouvernemental, MEME LES AUDIENCES ne seront pas un critère. Alors, Mr. Billalian, pourquoi s'inquiéter ? (pour les concurrents ? qui, eux, sont concernés..)
La preuve que la notion de service public disjointe de celle de rentabilité (intéressante en soi sur le papier, mais à vérifier sur pièces) n'est pas encore entrée dans la tête des principaux concernés.