"Taux de réussite record", "le meilleur Bac de tous les temps", etc...
Le taux de réussite du Bac 2009 a atteint le chiffre historique de
86%.
Faut-il s'en réjouir, ou au contraire s'en inquiéter ?
Une intention louable
Un des critères universalement reconnu dans la mesure d'une société (et donc d'un pays) est son "degré d'éducation". Plus une société (un pays) est éduqué(e), plus la société (le pays) est dit(e) "civilisé(e)".
Dans les pays en retard sur ce critère, le meilleur moyen d'augmenter le dégré d'éducation est de créer (et financer, d'où l'action déterminante des ONG et autres fondations humanitaires sur ce point) des écoles, puis des collèges et des lycées.
En France, les écoles, collèges et lycées existent déjà. La société est déjà au niveau haut de "civilisation", donc le nombre d'écoles/collèges par habitant n'est plus suffisant pour déterminer le degré d'éducation. Pour se différencier des autres pays "civilisés", on a besoin d'un critère "supérieur", c'est à dire d'un degré d'éducation mesuré plus tard dans la vie des élèves. Il ne s'agit plus seulement d'être scolarisé, mais
d'être diplômé...
Le moyen le plus facile en France pour vérifier ce nouveau critère d'éducation est le
Baccalauréat, le diplôme le plus commun à tous les élèves, celui qui ouvre les portes de l'Université (voire des Grandes Ecoles) et des diplômes supérieurs.
Du coup, vouloir obtenir un meilleur taux de réussite (au fil des ans) dans cet examen est effectivement une intention louable.
(volonté affichée par TOUS les gouvernements depuis 20 ou même 30 ans..)
Mais à quel prix ?
Car il y a DEUX manières d'augmenter ce taux (mathématiquement) :
- soit on augmente le niveau des élèves (ou bien on espère que les générations suivantes seront "naturellement" plus intelligentes..

).
- soit on baisse le niveau de l'examen.
Il est évident que la première solution est la meilleure, et la plus conforme à l'idée de base, c'est à dire que ce taux de réussite corresponde REELLEMENT au degré d'éducation des élèves.
Malheureusement, les faits penchent plutôt en faveur de la seconde, et ce, depuis de nombreuses années...
Une situation délicate
La situation de l'enseignement est très différente selon les pays.
Dans les pays que je qualifiais d'"en retard" dans le paragraphe précédent, l'enseignement, quand il existe, est considéré comme
primordial :
- les enseignants sont motivés et "inspirés" par leur mission.
- les élèves sont avides d'apprendre (naturellement, ils découvrent un autre monde..).
- les gouvernements font tout pour aider le développement (ou au moins sountenir les ONG qui financent).
En France :
- les enseignants sont peu motivés et/ou ne sont pas d'accord avec le programme (pas tous, mais une grande partie).
- les élèves sont irrespectueux et d'autant moins motivés que leur enseignant (pas tous, mais une grande partie).
- les gouvernements s'enfoncent dans de
nombreuses réformes, qui même si elles ont un fond de légitimité, ne règlent
aucun des vrais problèmes et souffrent de
l'opposition des syndicats.
Et aux Etats-Unis, on en arrive à installer des portiques de sécurité à l'entrée des collèges, voire de faire une fouille au corps...
En France, l'opposition SYSTEMATIQUE des syndicats enseignants à TOUTES les réformes (quelque soit le gouvernement) depuis 20 ans ne présage
rien de bon pour le futur..
Du coup, les réformes passent "en force", et on a donc sur le terrain la conjugaison :
- des enseignants "réfractaires" qui préfèrent saborder leur métier plutôt que d'appliquer les mesures du ministère.
- et des "pires" aspects de la réforme en question, puisque la discussion n'a pas abouti avec les syndicats.
L'enseignement est un sujet
IMPORTANT, mais certainement
pas FIXE dans le temps.
- les programmes DOIVENT pouvoir être révisés régulièrement, sans que cela pose problème.
- les effectifs DOIVENT pouvoir être révisés, ainsi que les affectations, sans que cela pose problème (selon des chiffres EXACTS). Pour exagérer un peu : si on se retrouve avec 50 enseignants pour 200 élèves, on ne doit pas se réjouir en prétendant "
tant mieux, les élèves seront mieux traités", on doit
juste admettre qu'il faut licencier ou déplacer 40 enseignants.
En gros, si on liste les services publics, l'éducation nationale est finalement celui qui marche le moins bien (avec la Justice peut-être..), alors que les effectifs et le budget sont les plus importants.
Il y a clairement un problème "historique" avec les enseignants, qui, alors qu'ils sont plutôt privilégiés parmi les fonctionnaires, se permettent des absences sous prétexte qu'il seront remplacés par l'académie..
Bon, ok, j'extrapole un peu, je suis AUSSI conscient qu'il y a des centaines, voire des milliers, d'enseignants qui bossent pour que leur cours soit le plus attractif possible pour leurs élèves pourtant peu motivés, et qui corrigent les copies chez eux en dehors des heures de travail...
Bref,
certains enseignants ont conservé l'esprit qu'a le chef de village dans les pays "en retard" (cf. début du paragraphe).
Mais ce n'est pas la majorité, sinon les chiffres ne seraient pas les mêmes.
Une grande imposture
Que retenir du taux actuel de réussite au Bac ?
Premièrement, qu'à un tel taux, le critère "Bac" devient de facto INOPERANT en terme de critère de sélection ou de critère de "degré d'éducation" tel qu'évoqué au début de cet article.
En effet, ce taux est
trop élevé pour servir de sélection pour les entreprises ("
Ah bon, vous avez le bac, et alors ?"), et également
trop élevé pour catégoriser la nation dans son degré d'éducation.
Même si les chiffres sont là,
personne n'est dupe (ni en France, ni à l'étranger).
- certains commentaires (honnêtes, semble-t-il) de correcteurs confirment les "directives" du Ministère envers plus de clémence (selon en plus une "ruse" qui ne permet pas de contestation..).
- de nombreux recruteurs soulignent le "faible niveau" des candidats niveau Bac depuis plusieurs années (en culture générale, histoire ou géographie, mais surtout en orthographe).
Bizarrement, même la communication "officielle" va elle-même
à l'encontre de l'objectif. On a ainsi vu aux journaux de 20h (TF1 et FR2) des reportages montrant les "super-candidats" qui avaient obtenu 22 ou 23 de moyenne sur 20.
Avec les options, se pressent-ils de préciser.
Certes, mais : connaissant le coefficient des options, n'importe quel lycéen (j'espère) aura fait le calcul, et réalisé qu'il faut avoir 20/20 dans la majorité des épreuves (une ou deux à 19, pas plus), un score PARFAITEMENT IRREALISABLE (même le génie de l'époque) selon un barême "ancien"...
Cela renforce l'idée que les sujets étaient "faciles" ou "bien notés" (et cela relativise la performance des super-candidats, bien que j'admette qu'ils soient certainement très bons..).
Conclusion
Ce taux de réussite exceptionnel procède d'une
volonté affichée des divers gouvernements pour l'augmenter,
artificiellement si besoin.
Cela n'est ni de gauche, ni de droite, cela semble inscrit dans les gènes de TOUS les parlementaires..
Mais cet objectif se heurte désormais
aux chiffres eux-mêmes. En devenant trop élevé, il devient
peu crédible, et
DEVALORISE de fait ce qu'il était censé promouvoir (le degré d'éducation dans le pays).
Ceci est confirmé par de nombreux sondages, commentaires et autres études :
le niveau global d'éducation REGRESSE en France, et ce n'est pas l'annonce d'un taux record de réussite au Bac qui va magiquement changer cet état de fait (au contraire : si je suis lycéen et que je ne suis pas dans les derniers de la classe, pourquoi travailler alors que je suis sûr d'avoir le bac...).
L'idée d'augmenter le "degré d'éducation" est louable et commun à toutes les sociétés (ou pays).
Encore faut-il agir EFFICACEMENT pour ce résultat.
Pour certains pays, c'est "facile" (encore que) : il suffit de financer des écoles publiques (avec aide internationale ou pas), et on atteint déjà le premier niveau (les écoles maternelles et primaires chez nous).
Pour nous, qui sommes déjà "éduqués",
c'est plus difficile.
Il faut gérer un existant, réformer sans brusquer, s'adapter au présent sans oublier le passé, respecter les méthodes qui ont fait leurs preuves tout en s'ouvrant aux nouvelles méthodes et/ou technologies...
Mais
ce qu'il NE FAUT SURTOUT PAS : c'est se fonder sur des chiffres
qui ne représentent PAS la réalité de la société...